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Dimanche 1er juin 2008
Dimanche 1er juin 2008

Ce dimanche matin qui referme le mois de mai démarre tout à fait paisiblement, croisons les doigts, se poursuivra de la même façon. Plus de la moitié du voisinage est composé de pasteurs de EKT, l’église principale qui se réunit sur Nukufetau. Tous ont pris le bateau hier pou s’y rendre, avec plusieurs centaines de tuvaluens.

Nous avons échappé au voyage. Nous sommes passées vendredi après midi à la résidence et avons confirmé à Nala les multiples raisons de notre défection… Je m’en suis voulu, mais pas elle, de ne pas y aller quand elle nous a raconté les dernières manœuvres de l’opposition à l’occasion de la tenue du Parlement qui commence demain. C’est une épreuve, c’est évident. Elle avait besoin du plus grand soutien de ses amies et nous en sommes. Elle nous a rassurées : ça allait aller, et si Apisai devait contre toute attente rendre son tablier du fait de la manœuvre, y’a longtemps qu’ils y étaient prêts, c’est le jeu de la politique.

Je reviendrai sur l’épisode mais pour le moment ce n’est pas du tout le genre de faits/pensées que j’avais envie de poser quand j’ai ouvert cette page.

Entre la premier paragraphe et le second, Sarah est rentrée… échanges d’idées, de news de la matinée...

Avant son arrivée, j’étais en plein vagabondage de pensées en me brossant les dents…. Toutes les idées qui passent, fulgurantes, dès que l’œil accroche un truc, ici ou là, à l’intérieur du papier, du dossier qui tombe sous la main… c’est un privilège rare, qui quelle que soit l’humeur ou le thème, me ramène toujours à l’action.
J’en ai accroché quelques-unes sur le dessus de ma mémoire mais regretté souvent qu’il ne soit pas possible d’enregistrer les pensées, un petit click provoqué par un grattement de nez, le clignement d’un œil qui graverait sur un disque dur, l’ensemble de la promenade de mon cerveau ce matin, sur tous les dossiers en cours, sur les meetings du lendemain…

Une qui me revient : demander à Apisai demain soir au dîner si le master plan de communication est un sujet du Parlement ? Il est parmi ceux qui croient au biodiesel Vaitupu, son île a souffert de l’effondrement de la production de copra. Il l’avait défendu il y a 2 ans… Il est probable que les changements climatiques, les énergies renouvelables, le master plan ne sont pas mentionnées dans les discours. Sentiment de culpabilité soudain de n’avoir pas échangé plus sérieusement avec les membres du gouvernement et du Parlement pour qu’ils incluent ces notions plus essentielles parce que plus globales que les débats interminables sur les sujets locaux où se mêlent toujours les ressentis personnels, les conflits familiaux, les considérations communautaires… comme partout ailleurs.

A Funafuti, les Tuvaluens résident depuis des décennies. Leurs parents ou grands parents s’y sont installés après avoir quitté leur île pour de multiples raisons : la principale c’est que la task force professionnelle était constituée d’équipes venant de toutes les îles, quand Funafuti a été désignée, parmi toutes celle qui serait le centre, le cœur administratif et de communications internationales.. Ceci a laissé une petite rancœur sur les deux autres iles pressenties alors, plus grandes que Funafuti, qui s’exprime quelquefois contre le mode de fonctionnement. Si j’avais saisi que Funafuti était la propriété, la terre découpée en parcelles, d’une poignée de familles, je n’ai compris que dernièrement qu’en fait la majorité des Tuvaluens résidant sur Funafuti paient des loyers depuis des décennies aux Funafutiens d’origine. Compris aussi pourquoi le gouvernement est obligé depuis aussi longtemps d’assurer le gite à de très nombreux fonctionnaires.

Anyway, ca n’a rien à voir avec notre schmilblick… Le mien du matin : comment enregistrer nos pensées fugitives… Un sujet qui m’intéresse depuis l’adolescence…. Y’a quelques années je m’étais penchée sur l’état de la recherche de l’enregistrement des rêves… On en était encore loin…
Quand Sarah est rentrée tout à l’heure, je lui ai exprimé ma ritournelle « I wish we could record thoughts », elle a répondu dans son thème, la radio où elle essaye d’inclure Gilles depuis le début… Globalement sa prise en charge des 4 émissions de radio sur les énergies de la biomasse et surtout sa mise en application des conseils et de l’expérience de l’an dernier est très encourageant. Ca ne l’empêche pas de galèrer pour inclure des extraits de l’interview de gilles enregistrée par Tuvalu Media et non utilisée …. Sa réponse, quelque chose comme : « we did record Gilles’s stream of thoughts but it’s not usable… » Idéal pour enfoncer le clou de mes démonstrations sempiternelles : la nécessité absolue de préparer et d’écrire en amont…

Il est maintenant bientôt 13h, plus qu’une douzaine d’heures devant moi avant de fermer les rideaux jusqu’au lendemain. Bien trop peu pour me permettre de continuer en électron libre beaucoup plus longtemps. Melton doit passer tout à l’heure. J’espère que Sarah sera elle même réveillée de sa sieste pour jouer les hôtes.

Avant qu’elle ne s’allonge nous avons piapiater un peu des émissions de radio. Dans celle qu’elle a enregistré, tout est répété 4 fois, c’est donc à réduire d’au moins de moitié… ses intros plus courtes puisqu’elles incluront l’intervention de Tuvaluens comme Leota, Utala et Lonise, sont à faire….. Discuté aussi un peu du dossier pour le Europe Intelligent Energy… Nous nous sommes inscrites hier soir. Cette année, on ne peut pas télécharger le dossier de candidature pour l’expédier par la poste, il faut tout faire en ligne.. Super pour ceux qui ont un maigre accès à internet ! Bref il y a deux ans notre agacement venait du fait que nous avions à pondre pas loin de 200 pages pour le dossier Energie alors que la première étape de sélection portait sur un résumé de 4 pages… Cette année, Sarah m’avait indiqué que nous pouvions proposer le résumé avant, et en fonction de leur verdict poursuivre ou pas pour en faire un gros et solide dossier. Super, sauf qu’on s’est aperçues hier soir que la deadline pour ça était la veille… On y va donc sans filets et sans tester la validité du projet qu’on soumet…

Ah, oui, parmi les trucs que je n’avais fait depuis des décennies : regarder un film !! Sarah m’avait proposé une projo du Pirate des Caraibes.. J’avais accepté en la prévenant que je regarderais tout en travaillant. Elle a préféré se coucher plutot que regarder pour la cinq centième fois. Il fallait qu’elle soit prête à avancer sur l’enregistrement des émissions aux aurores. Du coup, je me suis installée sur mon lit, avec son ordi pour la projo et le mien pour travailler en parallèle, sur le dossier « corail awareness » de semese que je veux maintenant terminer….. avec une semaine de retard… A ma décharge, Semese est absent jusqu’à demain et n’avait pas ces derniers jours d’accès à internet, retard relatif donc...

Appris il n’y a pas longtemps que si les quelques moyens de communication qui fonctionnaient sur l’île principale, Funafuti, avant l’orage de jullet 2007 ont été remis en marche, (sauf les téléphones portables toujours au rebut technique), la radio ne fonctionne toujours pas sur 6 des îles lointaines. Le lien essentiel du tissu social et national n’étant toujours pas rétabli, une grande partie de la population tuvaluenne est donc, pas tout à fait mais presque comme cette tribu amazonienne, à l’écart du reste du monde, et découverte par un photographe lors d’un survol de la forêt. Bon ok c’est pas comme si les habitants de Nanumea ou Niukelaelae n’avaient jamais eu de contact avec qui que ce soit. A Tuvalu, l’ensemble de la population jouit et subit les contacts avec l’extérieur. La nourriture et autres fournitures venues d’overseas, livrée par cargo au port principal du pays, sont ensuite dispatchées, quand la mer le permet sur un des 2 bateaux tuvaluens sur les iles « lointaines ».. Ces îles ont au moins un téléphone public je crois, on est loin de l’isolement de ces Indiens de l’Amazone… Pourtant, le dépaysement, pour des palagis comme nous doit être tel que ça vaut la peine de planifier une vacance de quelques semaines sur l’une de ces îles comme cette mère japonaise et sa fille, dont j’ai oublié les noms, qui y sont pour 6 mois ou un an.

Je n’en suis pas là, mais l’idée d’un plus long séjour que les 2 mois ½ habituels sur l’Ile capitale, évoquée régulièrement depuis plusieurs années, est plus présente encore dans mon esprit encore qu’avant mon départ de Paris où nous en avions déjà pas mal parlé, Fanny et moi. C’est presqu’essentiel pour le projet et c’est vraiment tentant personnellement. Même si je me vois mal laisser mon fils et son fils aussi longtemps sans vraie communication. Faire un saut à New York est moins contraignant qu’un aller/retour Paris. Alors ça dépendra un peu de la décision de vie que va prendre mon fils. NY ou Paris ?

08 / 06 / 08 - 11 : 56


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